d'Alfred Jarry
Mise en scène : Gérard David
Encouragé par sa femme qui, telle Lady Macbeth, lui suggère d'assassiner le roi, le père Ubu, soldat obèse, fanfaron et rapace, trahit
le roi de Pologne Venceslas et usurpe son trône. Dès lors, le père Ubu règne : il fait passer "à la trappe" nobles, fonctionnaires et paysans pour remplir sa "pompe à phynances". Ne songeant
qu'à s'enrichir, il multiplie les exactions avec une énergie qui finit par effrayer la mère Ubu elle-même. Défait à la guerre, il sera chassé de son trône par ses sujets aidés de
Bougrelas, le fils du roi déchu. Pourchassés, les Ubu s'embarquent pour la France, où Ubu espère se faire nommer ministre des Phynances.
Ubu roi fut, dans sa première mouture (1888), une farce de potaches, dirigée contre un malheureux professeur de physique du
lycée de Rennes et écrite pour un théâtre de marionnettes, ce qui explique l'"hénaurmité" de la caricature mise en oeuvre. Sa saveur réside moins dans sa dramaturgie que dans son humour
décapant et, surtout, dans sa langue, qui réinvente la truculence, voire la scatologie rabelaisiennes. Avec ses jurons (le fameux "Merdre"), sa bedaine (sa "gidouille"), sa "pompe à
phynances" et sa "chandelle verte", le personnage d'Ubu, monstre et pantin, terrifiant et bouffon, est devenu dans la mythologie théâtrale le symbole de la tyrannie stupide et
cruelle.
Afred Jarry (1873-1907) :
Alfred Jarry vit d'abord à Laval où son père est négociant, puis à Saint-Brieuc avec sa
mère. En 1888, Alfred Jarry rentre en classe de première au lycée de Rennes. Elève brillant et turbulent, il y manifeste son sens du canular. Il a pour professeur de physique un certain M.
Hébert, qui incarne à ses yeux "tout le grotesque qui est au monde" et qui suscitera plus tard le gros personnage d'Ubu roi. Déjà, Jarry songe à un cycle. Il compose
alors Ubu cocu.
Derrière Ubu apparaît Jarry, l'anarchiste avide de tout démolir, "même les ruines", et de restituer au monde la pureté de la mer sur laquelle ouvrent les dernières scènes d'Ubu
roi et d'Ubu enchaîné. Dès lors, le comique ne peut être que grinçant : "Le comique doit (...) être tout au plus le comique macabre d'un clown anglais
ou d'une danse des morts."
Entre-temps, il publie L'Amour en visites (1898), l'Almanach du père Ubu illustré (1899), et le cinquième cycle d'Ubu, Ubu sur
la butte (1906). Il se révèle un authentique poète symboliste avec Les Minutes de sable mémorial (1894), César Antéchrist
(1895), et un romancier d'une hardiesse inaccoutumée dans sa technique et ses thèmes avec les Jours et les Nuits (1897) et le Surmâle
(1902). Très vite, Jarry incarne démesurément la bouffonnerie du père Ubu, dépassant à plaisir les "contrôles" de la vision simple des choses.
Puis Jarry cesse progressivement de publier dans des revues. Sa situation matérielle se dégrade. Au 1er novembre novembre 1907, épuisé par la maladie (tuberculose), la misère et l'alcoolisme,
Jarry meurt à l'âge de 34 ans.
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